Nouvelle : Rendez-vous non contractuel

Mon très cher monsieur le psy,

Aujourd’hui je ne viens pas pour vous, non, non, non. Je viens pour écrire une nouvelle. Oui, oui, oui. Même pas rigolote en plus ! Alors ? Vous êtes prêts ? C’est parti ! Bonne lecture !

RENDEZ-VOUS NON-CONTRACTUEL

Elle était face à lui, une table dressée entre eux avec sur la nappe nacrée : du vin, des bougies et une bonne odeur de fruits de mer. Vu d’ici, cela pourrait presque être romantique pour un premier rendez-vous, surtout qu’il l’invitait. Cependant, Louise avait appris à se méfier de ce genre de décors. La table était bancale, une tâche d’huile contrastait avec le blanc de la nappe, le vin était bouchonné, les bougies formaient un gros tas avec une petite mèche et les fruits de mer n’étaient qu’une bande de crevettes décapitées. Tout comme cette soirée d’ailleurs : bancale, huileuse, le type semblait bouchonné, un gros tas avec une petite mèche et elle n’avait qu’une envie : le décapiter.

Le bellâtre blond s’appelait John, 28 ans, 1m85 pour 75 kilos, sportif et bon vivant selon ses dires. Ou plutôt, « Jean », 1m75 pour 85 kilos, prothèse de hanche en plastique et intolérant au gluten selon son carnet de santé. Pas de bol. Jean, gluten, prothèse, s’il n’avait pas 28 ans, ces trois mots feraient de lui un excellent candidat pour la maison de retraite des « 4 pins ».

Alors qu’ils choisissaient le menu, il évoquait justement cette douce maison de retraite, où sa pauvre mère, veuve, terminait ses jours. Évidemment, John-Jean étant fils unique, bonne âme qui plus est, il s’occupait ardemment de sa mère et payait, seul, cette dernière demeure. C’est alors que John-Jean la prit par la main…

Ils traversèrent ensemble une porte. Sa mère était là. Une chambre froide, sans vie. Un peu comme cette pauvre femme qui observait par la fenêtre, attendant deux choses : que son fils lui rende enfin visite et qu’une infirmière vienne lui essuyer sa bave. Une photo de John-Jean à l’âge de 7 ans, en couche-culotte, traînait sur une table de nuit, avec une facture impayée de la maison de retraite « les 4 pins ». Seule la télé égayait la pièce, où un John-Jean à moustache expliquait sous les cris hilares du public que la maison de retraite portait ce nom charmant non pas en raison de la présence de quatre arbres, mais simplement pour le bois utilisé pour les 4 futures planches.

John-Jean ne s’arrêta pas, continuant d’évoquer les douleurs de sa maman et Louise sortit de la pièce. Ils arrivèrent dans un long couloir sombre, avec de multiples portes.
Des petits bonhommes, des colis plein les mains, affluaient de partout, déboulant comme des flèches, s’échangeant des informations et des mots clés dans un brouhaha innommable CREVETTES-CALECON-LIVRE-PARFUM-DRAPS. Aux murs s’étendaient d’énormes posters de femmes dénudées.
« -Et toi ? Sinon ? Que fais-tu dans la vie ? »
C’était la première fois de la soirée qu’il lui posait une question la concernant. ONGLE-MICRO-DEMANDER-BOITE-NAPPE. Elle lui expliqua qu’elle était psychologue, qu’elle avait un cabinet privé non-loin d’ici. FOURCHETTE-HEIN-ECOUTER. Mais John-Jean ne l’écoutait pas, il s’était arrêté devant un poster de seins. Bonnet D. Comme elle. En gros plan. Une lumière rouge s’activa dans le couloir. GONFLER-POMPE-SANG-SEXE-ERECTION-COUTEAU-LAPIN-MERDEJAIPAPRIDECAPOTES. Louise s’engouffra dans une porte.
« -Et toi ? Que fais-tu comme job ? »
La pièce était en chantier, des parpaings et du ciment se trouvait partout. John-Jean expliqua qu’il gérait une équipe d’une vingtaine de personne dans une boîte d’architecte. Il prit alors une truelle et posa une brique sur un mur en construction. Sur son casque de chantier s’écrivait le mot « mytho » en fluo.
« -Avez-vous fait votre choix messieurs-dames ? »
Un type en costume de pingouin se tenait à côté de leur table dans le restaurant. Louise, ramenée à la réalité, était à deux doigts de remercier le serveur pour son intervention…
« -Je vais prendre les huîtres sur lit de champagne s’il vous plaît…. »
Dans les enceintes du restaurant, une voix hurla « PUTAIN, 32€50 le plat, LA SALOPE, J’SUIS SÛR QU’ELLE A PRIS LES PLUS CHERS EXPRES !! »
John-Jean ajouta :
« -Ho, j’ai été malade la dernière fois avec ce plat… Je te le déconseille… »
Louise, dépitée, se rabattit sur les moules-frites, comme John-Jean lui suggéra, vu qu’il prenait TOU-JOURS ça quand il venait ici…

La lumière s’éteignit, faisant place à un gros spot sur la table d’à côté, où un autre John-Jean expliquait la même chose à une autre jeune femme, brune. Un néon éclaira un autre endroit du restaurant, où John-Jean répétait en écho ce qu’il disait à une rousse. Ce furent plusieurs dizaines de tables qui s’éclairèrent les unes après les autres, dévoilant des femmes écoutant toutes le même refrain. Elle se trouvait là dans le terrier d’un chaud lapin qui avait pris ses habitudes. Pas le genre de chaud lapin à la moutarde sortant du four, non, John Jean était plus le genre de lapin avarié croquant sous la dent.

S’en était trop pour Louise. Cependant, elle ne put s’empêcher de retourner dans ce couloir pour continuer d’explorer les tréfonds et les bas-fonds du Don Juan du dimanche. MOULES-SUCER-CHATTE

Nouvelle porte, des odeurs de bière et de sueurs soulevèrent un haut le coeur à Louise, des cris partout, elle était dans les tribunes d’un match. Des ronds tombaient sur tous les individus autour d’eux, sauf sur un John-Jean qui n’avait plus un rond suite aux paris. FOOT-SEL-POIVRE-BAISER

Elle ressortit et en ouvrit une nouvelle. Dans cette pièce, des alliances pendaient au plafond. Une petite femme faisait un petit repas sur une petite cuisinière, avec un petit couteau, en découpant des petites pommes de terre, en petits morceaux, bien qu’elle semblait en avoir gros sur la patate. A côté, un gros John-Jean sur son gros canapé, regarder un gros porno sur sa grosse télé en sortant des grossièretés et en se grattant, avec ses grosses paluches, ses petites couilles. La femme chantait « divorce, divorce, divorce », mais ne trouvant pas de rimes en « orce », elle ne parvenait pas à conclure ce triste refrain. SALOPE-DIVORCE-SEXE-SEXE-SEXE

Elle fit demi-tour et ouvrit une ultime porte. La pièce était plongée dans le noir. Seul un interrupteur était éclairé, portant la mention « ne pas allumer ». Louise alluma. La pièce s’éclaira. Les murs étaient recouverts de cuir noir, des chaînes pendaient du plafond tandis que des dizaines de lits se succédaient, où, dans chacun, une femme était bâillonnée et attachée. Louise paniqua et hurla.

John-Jean, dans le restaurant, devint plus blanc que la nappe. Louise avait allumé l’interrupteur, elle savait qu’elle ne devait jamais rien toucher lorsqu’elle se promenait dans les tréfonds et les bas fonds de l’esprit des individus qu’elle croisait, au risque de leur faire comprendre qui elle était. Une liseuse de pensées. Désormais, John-Jean savait. Il se leva de table, elle aussi. Elle eut juste le temps de prendre son sac, laissa son manteau et elle se sauva du restaurant, alors que les moules de John-Jean étaient servis.

Peut-être pensez-vous que Louise est bien malheureuse avec son don, de tout voir et de ne jamais pouvoir s’attacher à quelqu’un et à ses défauts qui sont visibles aussitôt pour elle. Mais les malheureux ne sont-ils pas plutôt ceux qui n’ont pas cette capacité ?


Hé non ! Je ne suis pas encore mort. Cela faisait longtemps que je n’étais pas passé par ici… Voici donc une petite nouvelle que j’avais en tête depuis un moment !!! Un truc un peu sombre, avec une jeune femme aux dons extra-ordinaires, totalement différent de ce que je fais d’habitude par ici, mais avec lequel j’ai pris énormément de plaisir à écrire !!!
Oui, je le redis, CELA FAISAIT VRAIMENT LONGTEMPS ! J’ai d’autres histoires de ce genre qui se bousculent en ce moment… Peut-être que je vous les partagerai…
A TRES VIIIIIIIIITE !!!!



8 réflexions sur “Nouvelle : Rendez-vous non contractuel

  1. C’est rigolo, il y a deux jours je me suis dit que tu allais revenir sur la blogosphère ! Je t’assure que c’est vériique. Tu vois, moi aussi j’ai un don… Elle est pas mal ta nouvelle, j’ai hâte de lire la prochaine.

    Aimé par 1 personne

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